WANEP-Niger : Déclaration d’Entrée du Centre Coordonné d’Observation de la Sécurité Électorale des Femmes (COSEF)

Projet « Bâtir une Approche Inclusive de Relance post-Covid-19, de Sortie de Crises et de Reformes de la Gouvernance au Sahel et en Côte d’Ivoire »

Scrutins Présidentiel et législatifs du 27 Décembre 2020, NIGER

Centre Coordonné d’Observation de la Sécurité Électorale des Femmes (COSEF)

Déclaration d’Entrée 

  1. CONTEXTE DES ELECTIONS

Le dimanche 27 Décembre 2020, le Niger organisera l’élection présidentielle, couplées aux législatives. Ces élections se dérouleront dans un contexte fragilisé par les défis humanitaires et la crise sanitaire causée par la pandémie de la COVID-19.

  • Sur le plan sécuritaire

Le pays fait face à des multiples défis sécuritaires sur ses frontières avec le Nigeria, la Libye, le Mali et le Burkina Faso. C’est pourquoi ce processus nécessite une attention et un intérêt très particulier de la part de tous les acteurs afin de contribuer ensemble à l’organisation des élections libres, inclusives, transparentes et apaiséesLa situation sécuraitaire connaît

Tous ces facteurs constituent une source d’insécurité avec des répercussions possibles sur le taux de participation de la population et plus particulièrement celle des femmes, dans les zones à risques.

  • Au titre de la liste électorale et des cartes d’électeurs

 Au Niger le fichier électoral a été audité et remis officiellement aux autorités nationales le 11 septembre 2020. Cette révision a permis d’établir une liste définitive de 7.446.556 électeurs-trices dont 55% de femmes[1], avec un découpage électoral de 25978 bureaux de vote.

Vu la situation sécuritaire qui prévaut dans certaines régions, bon nombre de personnes vivant dans les zones d’insécurité n’ont pas pu se faire enrôler par crainte de représailles des groupes terroristes et autres groupes armés.

  • Au titre des Candidatures

Sur les 41 candidatures à la présidentielle de 2020, transmises à la cour Constitutionnelle par le ministère de l’intérieur aucune candidature féminine n’a été enregistrée. Au nombre des 41 candidatures déposées, 30 ont été retenues par la Cour Constitutionnelle. En ce qui concerne les législatives, 4205 candidatures ont été validées pour 171 sièges dont la proportion de l’un ou de l’autre sexe ne doit pas être inférieur à 25% lors de la proclamation des résultats définitifs. 

  • Au titre de la campagne électorale

La campagne électorale pour la présidentielle et les législatives a été ouverte le 05 décembre 2020 à minuit (00h00) et prendra fin le 25 décembre à (00h00). Elle se déroule normalement dans le calme pour tous les candidats-tes.

  1. De la contribution des organisations de femmes

La participation politique de la femme est mise en avant par plusieurs structures notamment féminines. L’une des principales plateformes regroupant des organisations féminines pour la promotion de la participation de la femme au processus électoral est la Coalition Nationale des Femmes (CNF). Elle a mené plusieurs actions telles que :

  • le renforcement des capacités des Forces de Défense et de Sécurité sur la sécurité électorale sensible au genre et la gestion des conflits liés aux élections ;
  • la formation des formatrices sur le leadership et la gestion des conflits électoraux, suivie de sa réplication dans toutes les régions du pays.;
  • La sensibilisation des femmes, des jeunes, des partis politiques, des leaders religieux et traditionnels, en vue d’élections apaisées.
  • Le renforcement de capacités des membres des groupements féminins, des OCS plus précisément des femmes leaders et candidates aux différentes élections ainsi que des observatrices.

Aussi, afin de renforcer la participation citoyenne des femmes dans le processus de mise en place des institutions démocratiques fortes dans le pays.

Cependant, de ces nombreuses organisations féminines, très peu ont pu obtenir l’accompagnement des PTF  à temps pour mener leurs activités dans une période plus propice à la préparation des potentielles candidates. 

  • De la contribution de WANEP

Afin de contribuer à l’atténuation de la violence électorale de façon générale et en particulier des violences basées sur le genre dans le contexte électoral, WANEP-Niger avec l’appui financier de ses partenaires a initié deux projets clés à savoir :

  • Le projet régional « Suivi, analyse et atténuation de la violence électorale » financé par l’Union Européenne, Délégation Régionale de Dakar, mis en œuvre de façon tournante dans 11 pays de la CEDEAO dont le Niger ;
  • Le projet régional « Bâtir une approche inclusive de relance post-COVID de sortie de crise et de réforme de la gouvernance au Sahel et en Côte d’Ivoire », financé par le PNUD Afrique et mis en œuvre en partenariat avec la CEDEAO.

La mise en œuvre de ces projets a permis à WANEP-Niger de faire le suivi de la violence électorale sanctionnée par deux rapports de suivi partagés aux partenaires nationaux et internationaux. A cela s’ajoutent :

  • La mise en place d’un Groupe National de Réponses électorales formé et opérationnel chargé d’analyser les rapports de suivi, d’identifier les défis urgents et d’y apporter des réponses ;
  • La mise en place d’une Coalition Nationale des Femmes (CNF) dont le rôle essentiel est de mobiliser des organisations féminines et groupements de femmes au niveau national et communautaire, de créer des plateformes de partage d’expériences, et de développer des stratégies communes visant une meilleure implication des femmes dans les processus démocratiques et dans les transitions politiques, conformément aux instruments internationaux, régionaux et nationaux en faveur des femmes ;
  • La formation des femmes de la coalition sur la prévention des conflits électoraux, le leadership, la diplomatie préventive etc. ;
  • La diffusion de messages audio-visuels afin de sensibiliser les populations et particulièrement les femmes pour une participation active au processus électoral ;
  • La mise en place du Centre Coordonné d’Observation de la Sécurité Electorale des Femmes (COSEF) qui vise à renforcer la participation des femmes aux processus électoraux et à la réduction de la violence électorale ;
  • Le COSEF a permis l’identification de 200 observatrices, formées, accréditées et déployées selon une cartographie des zones à risque déterminées à partir de l’analyse des tendances du système d’alerte précoce de WANEP et validée avec la contribution d’organisations de la société civile ;
  • Le COSEF est une cellule de veille électorale organisée en trois (3) chambres que sont :
  • La chambre de collecte de données, assurant le contact permanent avec les deux cents (200) observatrices déployées à travers le pays pour relayer à la coordination du COSEF, les informations relatives au déroulement du scrutin ;
  • La chambre d’analyse, en charge de l’analyse des données désagrégées et de la formulation de recommandations/réponses en vue de l’atténuation des risques identifiés avec un accent particulier sur les aspects genre ;
  • La chambre de décision et de réponses aux risques qui regroupe des personnalités influentes, capables de mettre à profit leurs compétences, expériences pour obtenir des réponses positives aux menaces identifiées et de formuler des recommandations pour une participation active des femmes dans les processus électoraux et la gouvernance.

Les trois chambres sont appuyées par une cellule de communication. Deux (2) numéros verts (99 94 11 91 et 80 08 88 66) sont à la disposition du public pour permettre aux populations de signaler les cas de violence en vue de contribuer à leur atténuation pour le renforcement de la sécurité électorale de tous en général et celle des femmes en particulier.

  1. Motifs de satisfaction, de craintes/défis et recommandations

En termes de satisfaction, le COSEF note :

  • L’implication des femmes dans les activités des partis politiques, avec l’adoption de la [2]loi n° 2019-69 du 24 décembre 2019, modifiant la loi n° 2000-008 du 07 juin 2000

 instituant le système de quota dans les fonctions électives, au Gouvernement et dans l’administration de l’Etat ;

  • La participation de missions d’observation électorales internationales, régionale et nationale ;
  • La mise en place de salle de situation de femmes, comme le COSEF, qui garantissent un processus électoral sensible au genre ;
  • Le déroulement d’une campagne électorale sans violences majeures et l’engagement continu de la société civile, y compris des organisations féminines, dans la promotion de la paix et de la cohésion sociale..

Aux motifs des craintes /obstacles

  • Bien que le forum « des parties prenantes du processus électoral : Elections apaisées et inclusives » ait donné l’opportunité aux différents acteurs d’échanger ;
  • Bien qu’une mission conjointe d’évaluation de l’évolution du processus électoral par la CEDEAO et l’UA, ait été envoyée au Niger ;
  • Bien que la CENI ait pris des dispositions pour garantir l’intégrité des élections, notamment la distribution des cartes d’électeurs biométriques ;
  • Bien que la CENI ait exprimé sa volonté d’organiser des élections libres, transparentes et apaisées ;
  • Bien que des acteurs (la CNF, les femmes, le comité des sages, les partenaires) aient émis des appels à l’apaisement et au dialogue, certaines préoccupations demeurent, notamment :
  • La probabilité d’un faible taux de participation des femmes dans les zones à risques de violence ;
  • Le relâchement dans l’application des mesures barrières de prévention de la maladie à Coronavirus (COVID 19) pouvant générer une nouvelle vague de contamination.

En termes de défis, le COSEF note :

  • La garantie d’un processus électoral transparent et inclusif ;
  • La sécurisation du processus électoral sur toute l’étendue du territoire national;
  • Renforcer le respect des mesures barrières contre la Covid-19 avant, pendant et après le déroulement des votes en distribuant des bavettes 
  1. RECOMMANDATIONS

Au regard de ce qui précède et en vue d’assurer un processus électoral paisible et inclusif, le COSEF fait les recommandations suivantes :

Au Gouvernement 

  • Continuer de respecter le caractère indépendant de la CENI 

A la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI)

  • Prendre des dispositions nécessaires afin de répondre aux cas de dysfonctionnements et/ou irrégularités qui seront reportés sur le terrain avant, pendant et après l’opération de vote ;
  • Agir avec impartialité et dans le strict respect des lois électorales ;
  • Continuer à désagréger les données par genre pour mieux apprécier la participation des femmes et des hommes au processus électoral ;
  • S’assurer que, dans tous les bureaux de vote, les dispositifs de lavage des mains et de respect des mesures barrières sont en place et strictement appliqués ;
  • Prendre toutes les mesures nécessaires pour garantir l’intégrité du vote et l’assistance aux personnes vulnérables et aux femmes en situation particulière.

Aux partis politiques et candidats

  • Privilégier le dialogue et le recours aux voies légales pour la bonne tenue du scrutin ;
  • Appeler, par le discours et par l’exemple, les militant-e-s à la non-violence ;
  • Renforcer la mobilisation des femmes dans la participation au scrutin ;
  • Observer les dispositions du code de bonne conduite des partis politiques. 

Aux forces de défense et de sécurité

  • Maintenir l’ordre dans le cadre légal et le strict respect des droits de l’homme et de l’intégrité du vote ;
  • Veiller à la protection des femmes en cas de violences ;
  • Continuer à agir de façon professionnelle sur le terrain et respecter l’utilisation exclusive du matériel conventionnel lors des opérations de maintien d’ordre. 

Aux organisations de la société civile

  • Continuer la sensibilisation des parties prenantes au dialogue, à la paix et à la tolérance ;
  • Poursuivre leur rôle de veille, d’alerte et de propositions des solutions concrètes ;
  • Continuer à rappeler le respect de l’application de la loi sur le quota.
  • Prendre des dispositions nécessaires afin de répondre aux cas de dysfonctionnements et/ou irrégularités qui seront reportés sur le terrain avant, pendant et après l’opération de vote

A la presse nationale et internationale :

  • Respecter l’éthique et la déontologie du métier de journalisme ;
  • Faire preuve de professionnalisme en vérifiant la source de l’information avant diffusion;
  • S’abstenir de diffuser, durant le tout le processus, toute information susceptible d’exacerber la crise en refusant de relayer les propos qui incitent à la violence.
  • Promouvoir la perspective genre dans le rapportage et la diffusion des informations à toutes les étapes du processus électoral

Aux hommes et femmes leaders religieux et coutumiers :

  • Continuer à promouvoir la paix et la cohésion sociale durant tout le processus électoral.

Fait à Niamey le 24 décembre 2020,

Le Centre Coordonné d’Observation de la Sécurité Électorale des Femmes (COSEF)

 

 

 

 

[1] https://www.ceniniger.org/ceremonie-de-remise-du-fichier-electoral-biometrique-a-la-ceni-au-total-7-446-556-electeurs-enroles/

[2] http://www.gouv.ne/index.php/1289-au-conseil-des-ministres-plusieurs-projets-de-textes-adoptes-dont-le-projet-d-ordonnance-portant-prorogation-de-l-etat-d-urgence-dans-les-departements-de-balleyara-et-de-kollo-region-de-tillaberi

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