Vers un conflit de générations autour de la fonction publique : la contractualisation des retraités

Le retraité serait au sens classique du terme toute personne physique ayant cessé d’exercer une profession en raison du poids de l’âge et ou de l’ancienneté dans ladite profession. Bien entendu cette retraite est observée au Niger moyennant un certain nombre d’avantages, des droits généralement condensés dans le vocable populaire de : « la pension ».

 En modifiant l’article premier de la loi N° 2011-21 du 08 Août 2011 (ancien) qui précise : « Aucun agent public ayant atteint l’âge limite de la retraite ne peut être nommé à un emploi supérieur technique de l’État », on s’interroge sur le sort des jeunes diplômés sans emplois ? Aussi, avec la question de la « contractualisation » des retraités dans l’administration publique, le gouvernement voudrait-t-il redéfinir le concept de « retraité » ou modifier son contenu ? Si le retraité qui veut travailler et toucher sa retraite pourra le faire alors combien de temps attendra le jeune diplômé ou l’appelé du service civique national pour se voir recruté à la fonction publique?

 C’est la panoplie des questions évidentes qui rebondissent surface expliquant tout le charivari dans certains milieux de la presse et sur le podium de la société civile nigérienne. En effet dès l’annonce de l’adoption de la loi modifiant la loi N° 2011-21 du 08Août 2011 déterminant la classification des emplois supérieurs de l’État et les conditions de nomination de leurs titulaires, les réactions fusent de partout ; chacune avançant son argumentaire selon les positions de leurs auteurs.

 Cependant au delà de ces divergences, il existe des réalités incontournables : la jeunesse est majoritaire de la population nigérienne, le flux des diplômés tant des instituts ou écoles au niveau national que de l’étranger croit au fil des années, le recrutement à la fonction publique s’impose en raison des départs à la retraite, de la nécessité de rendre plus efficace le service public mais aussi du nombre peu élevé des fonctionnaires de l’État pour un pays vaste avec plus de 15 millions d’habitants. Cela sans compter par-dessus tout, l’engagement solennel du Président de la République, Chef de l’État à remettre les nigériens au travail. Un engagement qui se traduit en acte par la rupture avec la mentalité d’assisté sans remettre en cause les réseaux séculaires de solidarité tissés au sein de la société nigérienne globale.

En rappel, le 07 avril 2011 SEM Issoufou Mahamadou, Président de la République, Chef de l’État a dit : « ….je pense à ces jeunes diplômés pour lesquels l’école a débouché sur le chômage, jeunes ruraux et urbains sans formation, oisifs et donc proies faciles de tous les vices. Je connais leur attente et je m’efforcerai d’y répondre avec l’aide de Dieu ». Avec l’aide de Dieu, certes des jeunes sont recrutés dans la fonction publique ainsi que dans les secteurs sociaux de base. Mais, le plus important à savoir c’est que l’emploi de la jeunesse est indissociable du devenir de la nation. Vaincre le chômage de masse c’est lutter contre la précarité du travail.

La jeunesse est un vecteur essentiel de développement dit-on, toutefois elle ne jouera véritablement ce rôle que lorsqu’elle sera active. Autrement parlé lorsqu’elle aura le privilège de servir la nation par le moyen du travail. Le travail est la condition sine qua non de la liberté et de la dignité. Il est le moteur de la promotion sociale, de la croissance tous azimuts. Vouloir donc en priver la jeunesse ou sous estimer les compétences et potentiel de celle-ci c’est créer les conditions d’un conflit de générations qu’il est possible d’éviter.

 En conclusion, au lieu de trouver les possibilités de rallonge aux retraités nigériens en créant les conditions subtiles de leur ‘’réintégration’’ ne serait-t-il pas mieux pour le gouvernement de réviser leur « pension ou autres avantages » dans le sens d’améliorer leurs conditions de vie ? Avant tout les retraités le méritent pour avoir consacré toute leur carrière, compétences et expérience au service de la nation.

 Abdoulaye A. Abdourahamane

niameysoir.com