SOCIÉTÉ : Niger érubescent

Jamais nous ne nous sommes interrogés sur la couleur de notre pays. Il a fallu que la France, d’une couleur peigne notre carte géographique pour que nous y songions. Mais cette carte, la France a commencé à la tracer à Berlin, elle l’a terminée à Londres et à Paris. Cette carte faite de ses mains, elle la considère comme sienne. Dans son cercle chromatique, la France dispose de plusieurs couleurs. Quand il lui arrive de peindre ses cartes, elle use des couleurs selon ses humeurs.

Ah ! Cette France dessinatrice et peintresse nous tient par ses règles, par ses équerres, par ses compas, par ses croyons, par ses pinceaux, ses couleurs et ses gommes. L’érubescent, c’est ce qui devient rouge. Or, le Niger, par la volonté de la France est devenu rouge.

Le symbolisme et la sémantique du rouge dans la culture et la langue de France renvoient à plusieurs images et significations.

Le Niger est-il devenu rouge comme une tomate, comme une pivoine, comme une écrevisse ou comme un coq ?

Peut-être est-il devenu communiste, bolchevik ou révolutionnaire, à notre insu.
Le Niger est-il devenu rouge de honte ou de colère ?

Nombre d’internautes, témoins du courroux des Nigériens suscité par la représentation de leur pays en rouge par la France, ont commenté :  » L’émotion est vraiment nègre comme disait Senghor « 

On ne peut s’empêcher d’évoquer ici le poème de Senghor à son frère blanc

Quand tu es né, tu étais rose. Quand tu as grandi, tu étais blanc. Quand tu vas au soleil, tu es rouge. Quand tu as froid, tu es bleu. Quand tu as peur, tu es vert. Quand tu es malade, tu es jaune. Quand tu mourras, tu seras gris.

Quand je suis né, j’étais noir. Quand j’ai grandi, j’étais noir. Quand je suis au soleil, je suis noir. Quand je suis malade, je suis noir. Quand je mourrai, je serai noir.

Le Niger pays de l’Afrique Noire reste égal à lui-même, comme le noir dans le poème. Mais la France en a décidé autrement. Rouge est le Niger dans sa perception. Et le rouge renvoie au danger.

Le Niger est devenu entièrement rouge (l’uranium a aussi pris cette couleur, peut-être), c’est-à-dire dangereux après que six de ses ressortissants y aient perdu la vie. Il ne l’était pas – pour la France – pendant que des Nigériens par centaines étaient tués par les mêmes criminels qui ont ôté la vie des six Français. La dangerosité en l’occurrence est-elle déterminée en fonction du nombre et de l’appartenance nationale des victimes ?

Le Niger n’est pas dangereux parce que la France le dit, mais parce que la France y est présente de sa présence militaire qui est un danger pour le Niger. Cette présence qui sert plus les intérêts de la France que ceux du Niger. Cette présence qui irrite, qui révolte, qui attise le terrorisme contre lequel elle ne protège ni la vie des Français ni celle des Nigériens.

Le Niger n’est pas dangereux parce que la France l’a rougi d’un coup de pinceau, mais parce que le pays est miné par la mal gouvernance, la corruption, les scandaleuses malversations, les injustices qui se commettent, les inégalités qui se creusent, la pauvreté abjecte, qui créent des fractures et des implosions sous le règne des amis Nigériens de la France et avec sa bienveillance intéressée.

Le Niger n’est pas dangereux seulement parce que des Français y sont morts, mais parce que des Nigériens y meurent dans la région de Diffa, dans la région de Tillabery, dans les mêmes circonstances que les Français morts à Kouré.

Le Niger est dangereux parce qu’une guerre s’y déroule, que des militaires tombent sur les champs de bataille, parce que des filles et des femmes sont enlevées, parce que des hommes sont enlevés, parce que des rançons sont exigées, parce que des dîmes sont prélevées, parce que des trafics de toutes sortent y sont effectuées et que nombre de personnes en tirent profit.

Le Niger est dangereux parce que les Nigériens s’élèvent contre les Nigériens. Le Niger est dangereux parce qu’en politique le Nigérien n’est pas l’adversaire du Nigérien, mais son ennemi à abattre. Le Niger est dangereux parce que la politique recourt à l’ethnie pour diviser afin de régner. Le Niger est dangereux parce que nos divisions facilitent la tâche aux hégémonies, aux puissances qui convoitent nos richesses, notamment à la France qui entend garder son ancienne possession coloniale sous son influence.

Le Niger est un danger pour la France. La France est un danger pour le Niger. Chacun a ses dangers. Parmi nos dangers, il y a la France, celle qui traite le Niger en laquais.

Travaillons ensemble à conjurer nos dangers, c’est ce qui importe par dessus tout. Au milieu du malheur qui frappe le pays, il y a malgré tout des lueurs d’espoir. Car la France en peignant le Niger en rouge, a réussi à unir les Nigériens dans la protestation contre elle.

Ce qui importe à présent c’est que cette quasi-unanimité soit mise au service de la marche souveraine du pays, de sa sécurité, de son développement libre, pour un vivre-ensemble paisible.

Farmo M.

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