SOCIÉTÉ : Les pratiques néfastes aux enfants….les citoyens en parlent


 

 

(Niamey- Mercredi 22 Juin 2022) En Afrique, les pratiques traditionnelles néfastes affectant l’enfant se manifestent sous diverses formes et touchent plus les filles que les garçons. Il s’agit notamment : du Mariage et de ma maternité précoces,  des mutilations génitales féminines (MGF) comprenant l’Excision, Ablation de la luette, Gavage, Tabous alimentaires, Extraction des dents de lait et des alvéoles, Attouchement au feu, Saignées, Percée du bas ventre, Pressions abdominales, Relèvement du col utérin, Fixation du fœtus, Scarifications, Tatouage, Percement du lobe, du pavillon de l’oreille et du nez, Percement des gencives et des lèvres « soukka »,Sevrage précoce. Au Niger, les MGF et le mariage des enfants, sont les formes les plus répandues avec des conséquences, souvent, irréversibles pour les victimes. De façon générale, les MGF sont faiblement répandues au Niger (en comparaison avec les pays comme le Mali, la Guinée) avec une prévalence qui est passée de 5% en 1998 à 2% à ce jour.

En revanche, les pratiques néfastes émergentes à savoir le mariage des enfants et la mendicité des enfants prennent des propositions inquiétantes. En effet, le Niger détient le record mondial de la pratique du mariage des enfants, avec 3 filles sur 4 mariées avant leur 18ème anniversaire. « Le mariage des enfants est une union effrayante pour la jeune fille mineure parce qu’elle n’est pas physiquement et psychologiquement préparée pour supporter le poids que cette union représente et ses conséquences à court et à long terme…Je pense qu’il nous revient à tous de sensibiliser nos communautés du milieu rural sur les conséquences fâcheuses des mariages d’enfants, de les orienter vers des Activités génératrices de revenus, d’assurer une autonomisation de la jeune fille » a dit M.  Noaba Kondjoa, Chargé de Programmes à l’ONG CONIPRAT.

Même si une étude récente de l’INS (ENAFEME) a montré une baisse sensible entre 2012 et 2021 avec le taux de mariage des filles avant 18 ans qui est passé de 76% à 65%, la prévalence reste parmi la plus élevée au monde. Ce sont environ 5 millions d’enfants qui sont mariés avant l’âge de 18 ans, des filles pour l’immense majorité. Parmi elles, 1,9 million se sont mariées avant l’âge de 15 ans.

Parlant de la mendicité des enfants, M.  Noaba Kondjoa trouve inacceptable qu’un père ou une mère responsable laisse son enfant aller mendier dans la rue malgré les risques d’accident et d’enlèvement. Il estime qu’il y a un travail de grande sensibilisation à faire par les organisations de la société civile, les institutions étatiques et non étatiques, les médias…pour changer les mentalités.

Pour sa part, Zakari Issaka boucher, s’interroge : « Quoi de plus humiliant qu’une personne bien portante fasse de la mendicité un métier ? Il est inacceptable des enfants ou des adolescents s’adonnent à cette pratique sans que personne ne parle. C’est l’image de notre société et de notre pays qui prend un coup lorsqu’une femme visiblement bien portante se promène avec trois à quatre enfants pour mendier dans la ville capitale du pays. Le mari, le père des enfants, les parents de cette famille…..sont où ? ».

Rappelant le rappariement récent des mendiants nigériens par voie aérienne depuis le Sénégal et le Ghana, il ajoute : « Il ne suffit pas de rapatrier des mendiants si au préalable rien de concret n’est prévu pour les occuper et leur assurer une meilleure insertion socioprofessionnelle. Ce rapatriement, poursuit-il, fortement médiatisé par le régime de Niamey a d’ailleurs contribué à ternir l’image de notre pays dans le monde ». « Pour mettre fin à la mendicité dans notre pays, le gouvernement doit faire respecter la loi qui l’interdit. En outre, notre pays dispose de diverses ressources naturelles pour attirer les investisseurs et créer des emplois aux jeunes. Quand un jeune responsable travaille, il ne peut pas laisser ses parents, son frère ou sa sœur aller mendier » a-t- conclu.

Selon l’UNICEF, « Le mariage des enfants persiste en raison de multiples facteurs, dont la pauvreté, le faible niveau d’éducation et les normes sociales auxquelles les familles se sentent obligées de se conformer. La pauvreté fait partie des principaux moteurs du mariage des enfants au Niger, car la perspective d’un mariage apporte l’espoir d’une amélioration des conditions économiques et du statut social, tant pour les filles que pour leurs parents. Le maintien des traditions sociales et religieuses, y compris la crainte du déshonneur d’une grossesse hors mariage, est également un facteur important, tout comme l’instabilité causée par les troubles civils et les catastrophes naturelles ».

De l’avis de Adamou Moussa, observateur de la scène sociopolitique nationale, « Ce qu’on observe aujourd’hui, ce n’est pas de la mendicité. Ce sont des citoyens bien portants qui cherchent à s’enrichir en tendant la main aux autres. Aux alentours de l’échangeur Mali-Béro où ces mendiants de familles entières passent tout leur temps, ils mangent jusqu’à faire sécher les restes de la nourriture ». « Si tu ne peux pas prendre en charge ton enfant, ne l’enfante pas en faisant de lui un mendiant. Si tu ne peux prendre ta femme en charge, pourquoi la marier et la laisser mendier dans la rue ? », s’interroge M. Adamou Moussa qui met en cause la responsabilité des chefs de famille (les hommes).

A M. Soumaila Moussa,  d’avertir que : « Si rien n’est fait par le gouvernement pour interdire la mendicité, la situation prendra beaucoup plus d’ampleur qu’on l’imagine. Nous devons changer de mentalité. La pauvreté ne doit pas servir de prétexte pour justifier la mendicité et les mariages des enfants. Seul le travail paie ! »

Illiassou Soumana, conducteur de taxi, « Nous ne comprenons pas la mendicité dans sa forme actuelle. Nous comprenons plutôt la mendicité des ‘’talibés’’ qui viennent en Ville étudier le Coran et qui font le porte-à-porte pour chercher de la nourriture puis retourner auprès de leur maitre apprendre. Même ceux-là, leurs parents ne les envoient pas dans la rue faire de la mendicité un métier parce qu’ils sont sous la responsabilité du Maitre »

Issaka Hamadou, Revendeur, « Mendier est un acte humiliant. Les parents doivent donner le bon exemple aux enfants. Les parents qui entrainent leurs enfants dans la mendicité auraient mieux fait de les inscrire à l’école pour apprendre à lire, à compter où de leur trouver un petit travail pour qu’ils travaillent avec leur force pour avoir au lieu de mendier ».

Salou Adamou, tailleur, affirme : « C’est la faute aux parents. C’est aux parents d’éduquer leur enfant, lui montrer la bonne voie. Mais quand un parent mendie, ce n’est pas étonnant que son enfant mendie aussi. Pour lutter contre la mendicité des enfants, les parents doivent assumer leur responsabilité en assurant le minimum à leurs enfants».

 

Propos recueillis et rassemblés par :

Sakinou Saminou Maman, Salamathou Alaké, Yahaya Agali Oulame / NIAMEY- SOIR. 

 


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