REUNION : Des Experts et des humanitaires planchent sur le Mariage des Enfants et les VBG

 

 

(Niamey – Jeudi 30 Septembre 2021) Devant la persistante du phénomène des mariages des Enfants et des Violences Basées sur le Genre (VBG), la Salle Margou de l’Hôtel Gaweye de Niamey a servi de cadre à « La Rencontre d’échange des Acteurs Humanitaires sur les VBG / Mariage des Enfants ». La cérémonie d’ouverture a été présidée par l’Ambassadrice du Royaume Uni au Niger Mme Catherine Inglehearn en présence des cadres du Ministère en charge de la Promotion de la Femme et de la Protection de l’Enfant, des représentants des ONGs / Association de développement, des acteurs humanitaires internationaux, des Chefs Traditionnels, des leaders religieux ainsi que d’éminents Experts en VBG et Droits du couple Mère et Enfant. 

Dans son mot introductif à l’entame des travaux, M. Haidara Mohamed, a situé le but de la réunion : lever le voile sur les enjeux et les défis liés au Mariage des Enfants en lien avec les VBG. Dans le même temps, il s’agira d’apprécier à juste titre les efforts qui sont faits par l’ensemble des acteurs pour y faire face, de relever les forces et les insuffisances. Ensuite, poursuit-il, la réunion devra surtout formuler des recommandations fortes dans le sens d’explorer les domaines de collaboration plus étroites et les possibilités offertes par une approche multisectorielle du mariage des enfants au niveau national et au niveau local.

Comprendre les défis liés au Mariage des Enfants

Dans son intervention, la diplomate du Royaume Uni au Niger, Mme Catherine Inglehearn a, sans langue de bois, entretenu les participants sur la problématique du Mariage des Enfants. Le mariage des enfants compromet l’avenir de la Jeunesse en particulier celui de la Jeune fille. Des millions de vies sont brisées par ce phénomène qui, dans la région du sahel est aggravé par l’insécurité, les répercussions sociales des catastrophes naturelles, les crises humanitaires et la persistance de la pandémie de la COVID-19 rendant de plus en plus difficile l’accès aux services sociaux de base : la santé, l’éducation, l’accès à l’eau potable et à l’énergie domestique. D’une part, ces défis sont perçus comme des facteurs bouleversant des Normes sociales établies, et de l’autre, ils mettent en exergue le lien évident entre Violences Basées sur le Genre (VBG) et mariage des enfants dans un contexte sécuritaire préoccupant. Pour illustrer ce postulat, au Niger, les régions de Diffa, Tillabéri, Tahoua et Maradi sont les plus marquées par le phénomène de mariage des enfants du fait de l’insécurité. L’UNICEF a alerté que « jusqu’à 10 millions de filles supplémentaires risquent le mariage des enfants en raison de la pandémie au cours de la prochaine décennie ».

S’agissant de la région dite des trois (3) frontières du Sahel (Niger – Mali – Burkina Faso) et le Bassin du Lac Tchad (Niger – Nigéria – Tchad), de 2013 à ce jour, elles ont fait l’objet de plusieurs attaques opérées par les Groupes Armées Non-Etatiques (GANEs) faisant des milliers des victimes dont des filles et des femmes.  A titre indicatif, rappelle-t-on, les dix (10) pays qui présentent les taux de prévalence du mariage des enfants les plus élevés sont soit des contextes fragiles, soit extrêmement fragiles. Douze (12) sur vingt (20) pays ayant les taux de prévalence du mariage des enfants les plus élevés sont confrontés aux crises humanitaires les plus graves ; la prévalence du mariage des enfants augmente pendant les crises ; malgré le risque accru de mariage d’enfants, très peu de fonds humanitaires sont consacrés à cette question ; seulement 0,12 % de l’ensemble du financement humanitaire a été consacré à la lutte contre la violence basée sur le genre entre 2016 et 2018.

Dans le même ordre d’idée, un rapport publié par la Coalition mondiale pour la protection de l’éducation contre les attaques (GCPEA) a révélé qu’en 2020, le Sahel central a connu un pic important d’attaques contre les élèves, les enseignants et les écoles depuis 2018 d’où la fermeture de nombreuses écoles dans cette région avec son corolaire de conséquences multidimensionnelles. En clair, la fermeture des écoles suite aux attaques ou leur occupation par les populations en raison des crises naturelles ou climatiques a un impact sérieux sur la prévalence du mariage des enfants.

 Quid du lien avec la pandémie de la COVID-19 ?

 Selon les explications de M. EKADE Abali, Expert, les épidémies amplifient la fréquence du mariage des enfants. La pandémie de la COVID-19 a mis en évidence les impacts disproportionnés des épidémies sur les filles et les femmes. Il poursuit que la fréquentation réduite voire la fermeture des espaces publics et les couvre-feux initiés pour limiter la propagation du virus considérablement ont accentué les violences faites aux femmes et aux filles, la négligence envers les enfants, la violence sexuelle, une perturbation de l’accès à l’éducation et de la planification familiale. Toutefois, il a fait remarquer, que les situations de crises sécuritaires et ou humanitaires peuvent parfois être saisi comme des opportunités par les partenaires au développement pour amorcer un vrai changement de paradigmes, un vrai changement comportemental et social.

A l’issue de cette réunion d’échanges, il est attendu la création d’une plateforme nationale d’acteurs du développement et du secteur humanitaire pour une meilleure coordination de leurs  approches respectives de lutte contre le mariage des enfants dans les situations d’urgence. Enfin, il sera envisagé la prise en compte de l’éducation des filles et des réponses d’urgences pour la protection des filles (e.g. COVID-19 et l’instabilité civile au Niger) dans le cadre de la révision de la stratégie nationale.

Abdoulaye Abdourahamane / niameysoir.com

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