POLITIQUE : Réaménagement technique du gouvernement : Les oripeaux républicains !

Jamais un réaménagement technique du gouvernement n’a laissé les gens indifférents comme celui intervenu le 29 juin dernier !
Les réseaux sociaux qui sont un très bon baromètre des attentes des uns et des autres n’ont eux-mêmes pratiquement marqué aucun intérêt face à ce réaménagement technique du gouvernement. Est-ce parce que le gouvernement est depuis fort longtemps décrié par les nigériens ?
Est-ce parce que les uns et les autres ont senti un goût d’inachevé ? Le scandale du MDN a peut-être tout plombé dans son sillage et imposé le mode « survie » face aux graves incertitudes qui planent à l’horizon.
À moins bien-sûr que ce ne soit l’éjection (prématurée ?) de Bazoum qui coïncide avec l’entrée officielle du « commandant étoilé » parmi les prétendants au « trône », qui préoccupe ceux-là qui se croyaient sur un boulevard en vue de l’exécution du holdup électoral du siècle.
Bien sûr que la récente sortie de l’Opposition politique sème aussi le doute chez tous ceux qui pensent naïvement peut-être que les prochaines joutes électorales ne seront qu’une petite promenade de santé qui les épargnera définitivement de rendre compte au peuple souverain et à sa Justice.
Rendre compte : voilà la principale hantise de la Renaissance. Le gouverneur Zakari qui s’était déjà exprimé à ce sujet peut éventuellement témoigner.
Mais pour revenir au dernier réaménagement technique du gouvernement, il n’y a pas que les attentes déçues ou les angoisses des uns et des autres qui le caractérisent. Il y a plus grave : ce réaménagement du gouvernement renvoie à une vilaine caricature de la République en la plaçant sous des oripeaux républicains qui cachent grossièrement des pratiques monarchiques.
Explications : malgré le réaménagement technique, deux ministres qui ne participent pas depuis plusieurs mois au travail gouvernemental sont quand même gardés à leurs postes ! Les raisons ? Dans une république, il n’y a pas de raison pour justifier une telle absurdité ! Garder tous les attributs de la République liés à votre fonction sans exercice réel de la fonction ! C’est inédit !
L’autre signe monarchique mal dissimulé par les oripeaux républicains, c’est le limogeage du ministre d’État Bazoum Mohamed. D’aucuns rétorqueront que c’est un départ volontaire pour mieux peaufiner sa campagne électorale.
Soit. La vérité est qu’il n’est pas seul dans le gouvernement à déclarer sa flamme à l’unique fauteuil tant convoité. Si l’on croit du reste ses dires, il a déclaré sa flamme sur recommandation. La préparation de la campagne ne doit donc pas être sa première préoccupation. Celui qui l’a poussé a une obligation de résultat mais pas Bazoum lui-même.
Pourquoi les autres candidats déclarés ne partent pas en même temps que Bazoum ?
La République a des règles valables pour tous !
Pourquoi un « traitement » particulier à Bazoum étant entendu qu’il n’aura pas l’attention plus que bienveillante accordée à son mentor par le « commandant étoilé » à la bonne époque de la restauration de la démocratie. Vous vous rappeliez du candidat Issoufou encadré par des escortes militaires sillonnant le Niger alors que la campagne électorale n’était pas encore ouverte ?
Si Bazoum est parti de son propre chef, les nigériens doivent savoir qu’il a démissionné. C’est ça qu’exige le respect de la République.
Sinon il n’y a aucune raison qu’il quitte le gouvernement pendant que les autres candidats déclarés continuent d’y siéger.
Par contre, s’il est juste limogé, il n’y a rien à redire. C’est le droit de celui qui l’avait nommé de le limoger aussi. Dans ce cas aucun rapport ne doit être fait avec les préparatifs d’une campagne électorale.
C’est aussi ça la République sans oripeau aucun.

Ibrahima Hamidou