POLITIQUE : Des lois, de leur état et de leur respect dans une société organisée

Toute société, pour vivre, pour vivre organisée, pour se protéger, pour ne pas tomber dans l’anarchie et le règne du plus fort, se donne des règles et des normes. Ces règles, ces normes, prennent le nom de lois. Écrites, votées, adoptées, elles sont faites par les hommes. Elles reposent dans un ensemble de textes, et dans le plus fondamental de ceux-ci : la Constitution. Elles se donnent comme l’expression de la volonté générale.

Ces lois sont impératives, c’est-à-dire qu’elles contiennent un commandement et un ordre auxquels tous doivent se soumettre. Elles sont impersonnelles et générales, c’est-à-dire qu’elles ne s’appliquent pas à une personne en particulier, mais à la totalité des personnes, à tous. Mais les lois évoluent. Elles évoluent dans le temps, sous l’influence de plusieurs facteurs : les périodes historiques, les réalités nouvelles, les enjeux nouveaux, les défis nouveaux, les progrès réalisés dans des domaines, les aspirations de la société. Ces facteurs entraînent des changements auxquels les lois s’adaptent.

Ainsi a-t-on vu selon les périodes historiques, selon les organisations politiques auxquelles le Niger appartenait,  selon les lois sous lesquelles le Niger vivait des hommes d’horizons divers jouer des rôles de premier plan, occuper des postes de responsabilité à tous les niveaux, dans tous les domaines : politique, administratif, syndical, etc. Ces hommes ont été présidents, ministres, syndicalistes, chefs de partis.

Ainsi sous les Républiques dont le Niger était la colonie et les communautés auxquelles le Niger a participé avec la France, les présidents étaient Français.

En 1945, le Niger et le Mali formaient une circonscription unique. Le Niger était représenté au parlement par Maurice Kaouza (élu du premier collège), et Fily Dabo Sissoko (élu du deuxième collège).

À partir de 1956, il y a eu la loi-cadre instituant le collège unique, le suffrage universel et le Conseil de gouvernement dont le président était le gouverneur, le vice-président (premier ministre) était un autochtone, et les membres étaient des ministres.

Le premier Conseil de gouvernement du Niger a vu le jour le 18 mai 1958. Paul Bordier (Gouverneur) en était le président. Djibo Bakary en était le vice-président. Ce Conseil de gouvernement avait comme ministres : Pierre Vidal (Santé), Robert Fréminé (Éducation), Issa Diop (Finances), Traoré Saloum (Travail), Tiémoko Coulibaly (Élevage).

Nombre de ces hommes qui représentaient le Niger, qui géraient les affaires du Niger, qui occupaient les plus hautes fonctions, n’étaient pas nés sur le territoire du Niger. Cela ne constituait point de problèmes. Les lois en vigueur à ces époques le permettaient.

Depuis, des changements sont survenus, les lois ont été modifiées, réformées, de nouvelles lois ont été créées. Le Niger s’est donné une Constitution nouvelle en 2010. En son article 47, cette Constitution énonce les conditions que les candidats doivent remplir pour être éligibles à la présidence de la République du Niger.

Ce qui fait problème c’est l’alinéa 3 de cet article qui introduit la nationalité d’origine. En l’introduisit l’article 47 demeure encore impersonnel et général, il ne s’applique pas à un candidat en particulier, mais à tous les candidats.

Il n’est question nulle part dans cet article d’ethnie, ni des candidats ni de leurs parents (ce à quoi d’aucuns veulent ramener le débat), mais de nationalité des candidats et de leurs parents.

Il faut, pour être éligible à la présidence de la République, être Nigérien et avoir des parents Nigériens (au moins un des deux parents). Cela tous les candidats à la présidence de la République devint en donner la preuve.

La loi ne dit pas pourquoi un Nigérien de nationalité d’origine est plus autorisé à se présenter à la présidence de la République qu’un Nigérien qui n’est pas de nationalité d’origine, ni si le premier serait pour le Niger un meilleur président que le second. Il n’y a aucune justification, et je n’en vois aucune.

Aucune loi n’est parfaite. Mais en dépit de son imperfection, la loi est la loi. En attendant qu’elle soit modifiée ou changée, elle demeure la loi. Elle reste impérative.

Une chose est la loi, autre chose est le débat public ouvert au sujet d’un candidat à la présidence : Monsieur Mohamed Bazoum, par rapport à cette loi.

Cette loi parce qu’elle est impersonnelle n’a été faite ni pour ni contre le candidat Mohamed Bazoum, ni pour ni contre son ethnie, ni pour ni contre l’origine et la nationalité de ses parents. Il y a débat parce que d’aucuns (sans en apporter la preuve) émettent des supputations sur la nationalité d’origine du candidat désigné.

La nationalité du candidat Mohamed Bazoum ne fait aucun doute, elle n’est pas remise en cause par la loi. Je ne sais rien de sa nationalité d’origine. Et si Monsieur Mohamed Bazoum n’était pas candidat à la direction de notre pays, personne ne s’intéresserait à sa nationalité d’origine.

Le débat autour de celle-ci n’est pour l’heure qu’un ensemble de conjectures, de doutes, d’opinions exprimés. La République possède les moyens de vérifier la nationalité d’origine de tous ceux qui aspirent à la diriger. Elle est tenue de procéder à cette vérification par sa loi et pour son intérêt.

Si au terme de cette vérification sur la nationalité d’origine de tous les candidats, il est établi que celle de Monsieur Mohamed Bazoum est conforme à la loi, ce débat aura été un débat, malveillant pour le candidat,  pernicieux pour la cohésion sociale et l’unité nationale.

Si au terme de cette même vérification, la nationalité d’origine d’un candidat, n’importe lequel, que ce soit celle de Monsieur Mohamed Bazoum ou celle d’un autre candidat n’est ni prouvée ni établie, alors ce candidat qui se connait et connaît l’origine de ses parents, de même que le parti qui l’a fait candidat et qui est censé le connaître et connaître son origine, auront tenté de tromper la République, la nation et le peuple du Niger. Ils auront violé les lois de la République et la Constitution de la République. Ils se seront rendus coupables d’une faute grave qui devrait être sanctionnée par la République.

Farmo M.