Niger : Massacres d’In Atès, très mauvaise passe pour la Démocratie et l’avènement d’un État de droit ! (Analyse)

Contre toute attente, le Ministre nigérien de la Défense nationale a annoncé dans un communiqué publié le 11 septembre à Niamey, que « l’armée ne se reconnaît nullement à travers les conclusions du rapport de la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) sur les allégations de violations des droits humains ». Ce communiqué revêt un caractère d’une extrême gravité dans un pays en construction empêtré dans un tumulte politico-sécuritaire sans précédent qui menace de l’exposer aux mêmes difficultés que connait le Mali voisin et de l’emporter.

En effet, les investigations puis le rapport de la CNDH ont été conduits par des personnalités dont le sérieux et le professionnalisme sont reconnus au-delà des frontières nationales. Ce travail salué par tous ceux qui suivent l’évolution politique du pays et qui espèrent encore l’émergence d’un véritable État de droit constitue une excellente occasion de montrer la réalité républicaine et le respect désormais assumé de la vie humaine au Niger.

Incompréhensible, cette réaction du pouvoir nigérien désavouant le travail courageux d’une institution, pourtant officielle, dont le rôle et le fonctionnement auraient plutôt mérité les éloges du gouvernement.

Tout citoyen est donc en droit de se demander légitimement ce qui se cache derrière cette offensive contre la CNDH, contre la justice, la vérité et l’idéal égalitaire du projet républicain.

Le président Issoufou Mahamadou se retrouve dans une situation inconfortable qui met en jeu son leadership et le rend comptable du massacre de plusieurs dizaines de civils non armés. En tant que chef de l’État et chef suprême des armées, il ne saurait accepter l’impunité des massacres d’In Atès. Il y va de l’intérêt de l’Armée elle-même et du pays en général. L’Armée ne peut se prévaloir d’être républicaine et couvrir parallèlement les comportements criminels de ses éléments qui commettent de telles exactions.

Aucune contorsion politique ne pourrait expliquer que l’on défende le Niger, son État, sa République et accepter conjointement l’impunité du forfait d’In Atès et de bien d’autres ! Cette posture risque de précipiter la déliquescence de l’État et de ses institutions et de conduire le pays vers une situation incontrôlable. La classe dirigeante actuelle joue son crédit et gagnerait à démontrer sa capacité à animer la vie politique dans l’intérêt des populations et de l’avenir du pays.

La « société civile » quant à elle, ne saurait continuer à se prévaloir d’un quelconque rôle démocratique dans la vie publique ni prétendre à une quelconque crédibilité si elle ne s’élève pas résolument contre les massacres de populations civiles non armées. Elle ne peut convaincre de la valeur de son action en faveur de certains militants et d’une meilleure gouvernance tout en arborant une approche sélective discriminatoire des atteintes aux droits des citoyens.

Par ailleurs, cette situation montre, une fois de plus, que l’Armée nigérienne nécessite une véritable refondation afin de venir à bout de ces pratiques qui mettent en péril l’Etat et la survie du pays. Une Armée réellement nationale, composée de fils et de filles de l’ensemble des communautés nationales ne se livrerait pas à des massacres de ce type. Les Nigériens doivent affronter certaines lourdeurs qui bloquent toute évolution politique, la Démocratie l’État de droit et le développement du pays.

Certains tabous doivent laisser place au débat pragmatique et à une parole libérée afin que les Nigériens façonnent leur Histoire et qu’ils s’accordent sur la forme organisationnelle qu’ils souhaitent pour vivre ensemble dans la paix et la fraternité.

Sans se contenter de faire transmettre le rapport de la CNDH à la justice, le Président Mahamadou Issoufou devrait immédiatement prendre des mesures politiques fortes en adéquation avec l’image de l’État nigérien qu’il cherche à donner aux citoyens et aux partenaires extérieurs du pays. Cela requiert sans doute un courage politique et une détermination, susceptibles de l’exposer à la vindicte d’une partie de l’Armée mais le peuple nigérien saura assurément lui en être reconnaissant devant l’Histoire.

Abdoulahi ATTAYOUB Consultant                                                                                                       

Lyon le 15 septembre 2020

@attayoub

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