MÉDIAS – PRESSE : Message du Président du Conseil d’Administration de la Maison de la Presse à l’occasion de la Journée Internationale de la liberté de presse

Vue de la table de séance

A l’occasion de la Journée Internationale de la liberté de presse célébrée ce jour, 3 Mai 2021, le Président du Conseil d’Administration de la Maison de la Presse M. Ibrahim Harouna a livré un message dont voici l’intégralité :

 

  • Monsieur le Ministre de la communication
  • Mesdames et Messieurs, les membres des organisations socioprofessionnelles des médias ;
  • Chères consœurs ;
  • Chers confrères journalistes ;
  • Mesdames et messieurs

Ce jour lundi 3 Mai 2021, le Niger, à l’instar de la communauté internationale, célèbre la Journée mondiale de la Liberté de Presse, proclamée en 1993 par l’Assemblée générale des Nations Unies.

Placée sous le thème : « l’information comme bien public », l’édition 2021 de la Journée mondiale de la Liberté de Presse intervient pour la seconde fois dans un contexte mondial très particulier, dû à la Pandémie de la COVID-19. Une crise sanitaire mondiale qui affecte aussi notre pays, le Niger.

C’est le lieu de féliciter et encourager les médias nigériens, qu’ils soient de  l’audiovisuel ou de la presse écrite et électronique, pour leur pleine implication dans les actions de sensibilisation des populations contre cette pandémie. Grace à votre engagement et au professionnalisme dont vous avez fait montre, le Niger est en train d’enregistrer d’importants progrès dans la lutte contre la propagation de cette maladie.

Monsieur le Ministre de la Communication

A travers le thème de la présente édition, la Journée mondiale de la Liberté de Presse témoigne ici de l’impérieuse nécessité de défendre l’information comme étant un bien public. Au-delà, il s’agit aussi d’explorer ce qui peut être fait dans la production, la distribution et la réception de contenu médiatique pour renforcer le journalisme et faire progresser la transparence et l’autonomisation en ne laissant personne de côté.

La pertinence du thème de cette année, faut-il le souligner, est qu’il prend en compte l’évolution d’un système de communication qui a un impact sur notre santé, sur les droits de l’homme, la démocratie et le développement durable.

Dans ce domaine, notre pays a déjà adopté la loi portant Charte d’accès à l’information publique et aux documents administratifs. Mais le décret d’application tarde toujours a été pris et ce, sans aucune raison apparente.

L’édition 2021 de la Journée mondiale de la Liberté de la Presse mettra également en évidence trois impératifs pour cet écosystème :

  • Des mesures pour assurer la viabilité économique des médias d’information ;
  • Des mécanismes pour assurer la transparence des sociétés Internet ;
  • Le renforcement de l’éducation aux médias et à l’information ; ce qui permettra au public de reconnaître et de valoriser le journalisme en tant qu’élément essentiel de l’information, elle-même considérée comme un bien public.

Monsieur le Ministre de la communication, mesdames et messieurs

La célébration de la Journée mondiale de la Liberté de la presse/2021 intervient quelques semaines après la publication par Reporters Sans Frontière (RSF), de son dernier Classement Mondial sur la Liberté de Presse.

Dans ce classement, le Niger perd 2 points, passant de la 57ème place dans le classement 2020 à la 59ème place en 2021, sur un total de 180 pays étudiés. Un recul qui nous interpelle tous (pouvoirs publics, organisations socioprofessionnelles de médias et les journalistes eux-mêmes) à plus d’engagement dans la défense et la promotion de la liberté de presse et d’expression au Niger.

En dépit de ce rang, Reporters Sans Frontière se félicite tout de même qu’« aucun journaliste, aucun journaliste citoyen et aucun collaborateur n’ait été tué au Niger », contrairement à ce qui se passe dans certains pays.

Pour RSF, cela constitue une avancée importante pour le Niger en matière de protection de journaliste dans l’exercice de sa profession. Cependant, force est de constater que ces acquis sont entrain d’être remis en cause, depuis l’adoption  de la loi sur la cybercriminalité qui aujourd’hui, constitue un véritable goulot étranglement pour le travail des journalistes sur les réseaux sociaux, d’où la nécessité de revoir cette situation et d’adopter dans les meilleurs délais, la loi sur la presse en ligne.

Monsieur le Ministre de la communication,

Le Bureau du Conseil d’Administration de la Maison de la Presse s’inquiète des oscillations de notre pays dans les classements  RSF, ce qui dénote d’une certaine fragilité en matière de liberté de la presse.  

Les multiples actions menées par la Maison de la presse dans le cadre des formations destinées aux journalistes et des actions de sensibilisation en continue doivent être soutenues par les nouvelles autorités avec un engagement clair en faveur de la liberté de la presse et la liberté d’expression.

L’occasion pour nous de réitérer une fois de plus, nos remerciements aux partenaires techniques et financiers qui nous accompagnent dans la mise en œuvre de notre plan d’actions, axé principalement sur la promotion de la liberté de la presse et la sauvegarde des acquis.

Mesdames et Messieurs,

La situation économique très difficile que vivent les médias nigériens par manque d’avancée sur la question d’accès à la publicité de l’Etat et de ses démembrements et sur le processus de signature de la convention collective, doit faire l’objet d’une préoccupation accrue de la part des plus hautes autorités de notre pays.

A cette situation vient s’ajouter la paralysie des activités dans les organes des médias due à la pandémie de la Covid-19. Une épreuve qui met à rudes épreuves le fonctionnement des médias nigériens avec des mises en chômage technique de plusieurs agents, des coûts supplémentaires sur les mesures de sécurité sanitaire sur les lieux du travail et des restrictions dans l’exercice de la profession.

A cet rythme, le Bureau du conseil d’administration de la Maison de la presse s’inquiète face aux menaces de fermeture de certains organes de presse, voir la disparition de plusieurs autres avec toutes les conséquences qu’impliquent de telles situations sur la vie des agents et la liberté de la presse au Niger.

C’est le lieu pour le Bureau Conseil d’Administration de la Maison de la Presse de lancer un appel pressant au gouvernement :

  • Pour la mise en place immédiate d’un plan d’appui financier conséquent aux médias pour faire face aux conséquences de la pandémie de la Covid-19 sur leur fonctionnement régulier.
  • De rehausser significativement l’enveloppe destinée au fonds d’aide à la presse.

Au Conseil supérieur de la communication (CSC) :

  • De revenir sur la formule d’octroi direct du fonds d’aide à la presse par la révision de la loi n°2018-31 du 16 mai 2018 portant composition, attributions, organisation et fonctionnement du Conseil Supérieur de la Communication, notamment en son article 10,
  • D’accélérer le processus de mise en œuvre du décret portant accès au marché publicitaire de l’Etat et de ses démembrements
  • De prospecter d’autres sources de financement du fonds d’aide à la presse

Cet appel va également à l’endroit de tous les acteurs impliqués dans le processus de signature de la convention collective de s’engager pour finaliser ledit processus d’ici la fin de cette année 2021.

Nos vifs remerciements vont également à l’endroit de l’ancien président de la République Issoufou Mahamadou pour son engagement en faveur de la liberté de la presse au Niger, à travers la signature de la déclaration de la table de la montagne et à l’ensemble des acteurs qui ont rendu un grand service à la liberté de la presse dans notre pays. Parmi eux, certains nous ont déjà quittés. Que leurs âmes reposent en paix. Amine

Vive le Niger

Vive la liberté de la presse

Vive les médias nigériens

 

 

PHOTOS : NIAMEY – SOIR