LE SONGHAY : un terme polysémique…

Le terme songhay est polysémique, il renvoie à trois réalités distinctes, une réalité anthropologique : le peuple songhay ; une réalité géographique : l’aire de peuplement songhay ; une réalité linguistique : la langue songhay. Les Songhay vivent essentiellement en Afrique occidentale. Certaines sources orales les font venir de Misr, c’est-à-dire de l’Egypte. Entre les VIIe et VIIIe siècles, ils fondent les royaumes de Koukia et de Gao qui furent conquis par l’empire du Mali aux environ de 1325.

Mais les villes de Koukia et de Gao sont probablement plus anciennes. Abderrahaman Es-Sadi, auteur du Tarik es-Soudan décrit la ville de Koukia comme : une cité très ancienne, élevée au bord du fleuve, sur le territoire songhay. Cette ville existait déjà au temps de pharaon, et c’est d’elle, dit-on, qu’il fit venir la troupe de magiciens qu’il employa dans sa controverse qu’il eut avec Moïse.

La ville de Koukia serait donc contemporaine de la XIXe dynastie égyptienne qu’on peut situer entre 1300 et 1200 av.J.C., et le pharaon dont il est question serait ou Ramsès II ou Merneptah (Mineptah). Cette information laisse entendre l’existence d’échanges, à cette époque déjà entre l’Egypte et le Songhay, par voie terrestre. C’est d’ailleurs l’une de ces voies de communication que Ibn Batouta emprunta au XIX e siècle pour se rendre de Gao en Egypte. La même information nous instruit sur la parenté culturelle entre l’Egypte et le Songhay. Cette parenté culturelle est décelable dans la communauté de croyances. En effet, la croyance en la magie de même que son importance sont attestées dans les deux cultures. En effet, comme les pharaons, quand ils allaient en guerre, les rois songhay, lorsqu’ils menaient des expéditions, faisaient appel aux pouvoirs des magiciens sensés leur donner le dessus sur leurs ennemis.
Aujourd’hui encore, les Songhay, comme les Egyptiens, autrefois, ont recours à la magie pour se protéger du mauvais œil, du génie maveillant, à cette fin, ils portent des amulettes, consultent le zima (le prêtre animiste). Dès la deuxième moitié du XIVe siècle, le Songhay s’émancipe de la tutelle du Mali. L’empire est fondé par Sonni Ali Ber (1464-1492) et porté à son apogée par Askia Mohammed (1493-1528) Le Songhay a été l’empire le plus puissant et le plus vaste de l’Afrique occidentale. Il s’étendait d’est en ouest sur plus de 2500 km, du Lac Tchad à l’Atlantique ; et du nord au sud, du Sahara à la limite de la forêt.

Le Songhay est parlé aujourd’hui dans sept Etats de l’Afrique occidentale que sont: le Mali, le Niger, le Bénin, le Burkina Faso, le Ghana, le Nigéria, auxquels il faut ajouter le sud algérien et le sud marocain où l’on trouve quelques locuteurs songhay (Oasis de Tabelbala et Harratin). (4-5 millions).

La langue songhay est constituée de plusieurs parlers. Robert Nicolaï, un spécialiste français du songhay (Les dialectes du songhay, 1981) les répartit selon un axe Nord-Sud qui me paraît suspect. Il parle de Songhay méridional et de songhay septentrional. Je préfère quant à moi parler de songhay sahélien et de songhay saharien. Songhay sahélien : Zarma, dendi, Koyra chine, Koyraboro chine Songhay saharien : Tasawaq, Ingelsi, Tadaksahak, Korandjé (sont nés de la rencontre entre songhay, berbère et arabe). Notons enfin que les termes songhay, sonrai, songhoy sont des approximations du terme par lequel les songhay se désignent et désignent leur langue. Le terme exact est soney. ( nasale dorsale)

A quelle famille linguistique appartient le songhay ?

L’histoire de la classification du songhay mérite qu’on s’y arrête un instant parce qu’elle est singulière. Tout commence en 1897, lorsque, en pleine période coloniale, l’explorateur Félix Dubois, fit scandale en soutenant dans Toumbouctou la mystérieuse , que les songhay sont d’origine égyptienne. Maurice DelaFosse ethnologue et administrateur colonial écrira que c’est faire trop d’honneur au songhay que leur chercher un passé éloigné et si glorieux. Et, pour nier tout lien entre songhay et l’Egypte, c’est à la langue que les coloniaux (fonctionnaires, ethnologues, anthropologues, linguistes, historiens) s’attaquèrent.

Afin de désaffilier le songhay de l’égyptien, il fut tour à tour isolé, classé, déclassé, reclassé. On le mit dans la catégorie des langues primitives (Migeod) dans la catégorie des langues nigritiques (Westerman) dans des catégories qui ne portaient que des numéros. Les africanistes français le mirent dans la famille chamito-sémitique (afroasiatique). L’Américian Greenberg le classa dans la famille nilo-saharienne. Enfin Théophile Obenga le place dans la famille Négro-égyptien (à côté du Berbère),

Pr. Moumouni Farmo