SOMMET UA Niger 2019 : Au-delà du triomphalisme…

En parcourant certains commentaires et discours officiels relatifs à la tenue du sommet de l’UA et les réalisations occasionnées, on peut être frappé d’une part par leur caractère triomphaliste, qui est tout à fait compréhensible et voire légitime à certains égards, et d’autre part par leur caractère surréaliste, qui tranche avec les réalités du pays et les défis auxquels il fait face.

En effet, les efforts qui ont été déployés pour honorer la légendaire tradition d’hospitalité du peuple nigérien ne sont pas négligeables. Ils sont à saluer. Et il est tout à fait normal, de ce point de vue, que l’élite oligarchique, ses ramifications et ses clientèles, se retrouvent dans un concert de sublimation et d’ »autocongratulations ».

Cet accent  triomphaliste, prend cependant des allures surréalistes, et notamment avec la tendance qui consiste à présenter, consciemment ou inconsciemment, la tenue du sommet de l’UA et les réalisations occasionnées comme une consécration ultime. Une étape plus que décisive dans la quête du développement économique et social d’un pays habité par des populations vivant dans une précarité sans précédent.

Ces commentaires et discours exagérément triomphalistes, sont par ailleurs révélateurs non pas du fossé, mais du gouffre existant entre l’oligarchie régnante, ses clientèles et leurs orientations, d’une part, et, d’autre part, le peuple nigérien et ses attentes fondamentales.

Bien enfermée dans un entre-soi douillé, l’oligarchie nigérienne est de plus en plus coupée de la réalité du peuple nigérien. Plutôt tournée vers l’extérieur, obsédée par les enjeux extérieurs et plus précisément par les humeurs des acteurs dominants de la scène internationale, elle ignore le quotidien de plus en plus pénible des Nigériens.

Ceux qui sont issus du peuple nigérien, qui vivent en son sein, à son rythme, et partagent largement ses représentations, savent qu’il serait difficile, voire déplacé, d’arborer des accents triomphalistes pour parler d’immeubles luxueux construits ou en construction, aux pères de famille qui n’arrivent plus à nourrir, soigner, vêtir et instruire convenablement leurs enfants.

Il serait difficile également d’approcher les zones rurales, qui abritent plus de la majorité des populations nigériennes, pour les entretenir du nouveau visage architectural de certains carrefours urbains, alors qu’elles se démènent, dans le délaissement sans précédent dont elles font l’objet, pour le strict minimum vital.

Et que dire de toutes ces familles qui ont perdu des êtres plus précieux que toutes les merveilles infrastructurelles de la planète réunies, lors des attaques meurtrières et de plus en plus récurrentes que subissent les FDS et les populations civiles, dans des zones affectées par le phénomène d’insécurité que l’on peine à contenir.

La préoccupation des uns, n’est visiblement pas celle des autres. Certains sont en quête de renommée et reconnaissance internationales, d’autres sont plutôt inquiets pour leur survie et celle de leurs progénitures. Les priorités des uns ne peuvent par conséquent pas être celles des autres.

Et ce qui est plutôt inquiétant, c’est la propension de l’oligarchie nigérienne, constituée des privilégiés d’hier et d’aujourd’hui, à vouloir ériger ses envies, intérêts et préoccupations, au rang des priorités imposables aux masses nigériennes.

D’où le besoin d’une mobilisation citoyenne, transcendantale, favorable à une définition collégiale des enjeux et problèmes prioritaires du pays, et une identification concertée des acteurs, moyens et rythme de leur agencement dans l’agenda gouvernemental, en vue d’une prise en charge effective, efficace et efficiente, à même de contribuer considérablement à l’amélioration des conditions de vie du peuple nigérien.

Vivement…

Elisabeth Sherif

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