Niger : 10 milliards pour une banque sur papier

DSCN5067Cet immeuble à trois (3) niveaux  situé en face de la Place Toummo n’est pas n’importe lequel : c’est le siège de la future Banque Nationale de l’Habitat.  Il s’agit d’une institution bancaire dont la principale mission sera de mobiliser des ressources dédiées aux financements de l’immobilier sous forme de prêts aux particuliers et aux coopératives de logements pour l’achat des parcelles et/ou la construction, l’acquisition ou encore l’amélioration de logements ; aux promoteurs publics et privés pour la réalisation de logements programmés dans le cadre de la politique définie par les pouvoirs publics.

C’est donc un instrument clé de la politique du Gouvernement  résolument engagé à relever les défis dans le domaine de l’habitat. L’installation effective et l’inauguration officielle de cette banque étaient prévues au cours du premier trimestre de l’année 2016. Malheureusement, depuis bientôt  deux (2) ans le projet piétine en dépit des instructions du Président de la République au ministre chargé des Finances et à celui chargé de l’Urbanisme pour accélérer le processus de création de cette banque de l’habitat au Niger. Mieux, des fonds importants estimés à moins de 10 milliards sont débloqués par l’État suivis de la nomination d’un responsable à la tête de cette banque pour la réalisation du Projet. Un responsable que l’État paye à plus de 5 millions de francs CFA le mois et dont le seul travail consiste à sa présence permanente sur le chantier de construction de la banque.

DSC_0123Or, si des fonds importants sont débloqués par l’État pour ce projet d’intérêt national, il est légitime de se poser la question de savoir comment cette banque aurait fonctionné alors même que son siège est toujours en construction? Qui fait quoi à la banque de l’habitat qui n’existe jusqu’ici que sur papier? Dans quelles conditions le marché de construction de ce joyau a été attribué et par qui? L’immeuble répond-il aux normes de construction des édifices destinés à accueillir des établissements bancaires? Autant des questions qui préoccupent l’opinion quand on sait le sort réservé à la défunte banque régionale de solidarité (BRS) sans oublier l’agonisante banque agricole du Niger dont les anciens responsables n’ont plus bonne réputation dans leur propre milieu.

logementLe Gouvernement commettra-t-il les mêmes erreurs? Assurément pas car le projet de création de la Banque de l’Habitat du Niger est né du triste constat  selon lequel le Niger est confronté, depuis l’indépendance, à des problèmes de logements, tant dans la capitale que dans les autres grandes villes du pays. Alors que les besoins actuels pour l’ensemble du pays sont estimés à plus de quarante mille (40.000) logements par an pour une population de 17.000.000 d’habitants, l’Etat et ses démembrements n’ont pas construit, de 1960 à 2011, plus de trois mille (3000) logements sous forme d’habitat programmé et cela toutes opérations confondues. C’est donc face à ces défis majeurs que le Président de la République a inscrit, dans le Programme de la Renaissance acte II, la construction de logements sociaux pour assurer un logement et un cadre de vie décents et à moindre coût au plus grand nombre possible de Nigériens. Cela se fera à travers notamment la réalisation de 5000 logements par an sur l’ensemble du territoire soit 25000 logements pour la période 2016-2021. A noter enfin que comme mesure d’accompagnement, la loi a prévu la création d’un Fonds National de l’Habitat qui aura pour principal objet la mobilisation et l’allocation de ressources destinées à l’habitat et au développement urbain, ainsi qu’à la bonification des taux d’intérêts pour les populations à faibles revenus. Le processus de création du Fonds National de l’Habitat (FNH) a été lancé à l’issue de la réunion du Conseil des Ministres du 5 décembre 2017.

Comment le gouvernement peut-il objectivement atteindre ces résultats ambitieux vu le retard accusé dans l’installation effective et l’inauguration officielle de la future banque de l’habitat du Niger ?

Nous y reviendrons…

Écrivain du Sahel