Loi des finances 2018 : le désaccord profond entre Nouhou et Bazoum

Ce que pense Bazoum Mohamed, Président du Parti au pouvoir:

BAZ« La loi des Finances 2018, contient, comme vous le savez, des mesures fiscales que nous a imposé une conjoncture économique aux origines principalement exogènes. Je voudrais rappeler ici que le kilogramme d’uranium coûte aujourd’hui à peine 20 dollars sur le marché spot, alors qu’il avait pu coûter plus de 120 dollars au cours de la décennie 2000; je voudrais également dire que le prix du pétrole brut s’est déprécié entre 2015 et 2017 des 2/3 de sa valeur et que cela a eu un grand contrecoup fiscal sur les recettes de l’État pour la petite quantité que nous produisons.

Je voudrais surtout souligner que la baisse du cours du pétrole a provoqué une grave récession de l’économie du Nigeria et une dépréciation de plus de la moitié de la valeur de la monnaie de ce pays, rendant totalement problématique le commerce avec ce voisin si stratégique pour notre économie. Quand, à tout cela il faut ajouter la quasi disparition de l’État libyen et la quasi fermeture de la frontière algérienne, avec leurs effets sur le commerce avec ces 2 pays, on peut aisément deviner les difficultés telle qu’elles se sont agrégées pour nous.

C’est cela notamment ou plutôt principalement qui a commandé les mesures contenues dans la loi des Finances. Ces mesures, faut-il le rappeler, n’ont rien d’excessif, bien au contraire. Elles consistent notamment dans la mise en œuvre d’une directive de l’UEMOA de 1998, appliquée par tous les pays de la communauté à laquelle nous ne saurions éternellement nous dérober.

Nos contempteurs avaient annoncé une apocalypse fiscale à partir du 1er janvier. Nous sommes aujourd’hui le 13 janvier et rien de leurs funestes augures ne s’est encore vérifié.

Ils avaient prévu un tsunami social, se sont employés à y travailler avec une énergie échevelée usant des manipulations et des mensonges les plus éhontés. Ils en ont été pour leurs frais car s’ils avaient quelque doute, leur marche du 31 décembre 2017 leur a donné l’occasion de mesurer combien ils sont en décalage avec l’opinion.

Dans leur frénésie d’utiliser pêle-mêle les arguments Halal et Haram, ils avaient sans vergogne eu recours même aux arguments religieux, selon lesquels nous aurions désormais décidé de prélever l’impôt même sur les biens des orphelins. Nous sommes aujourd’hui le 13 janvier. Combien y a t-il déjà eu d’orphelins depuis l’entrée en vigueur de cette loi des Finances? A-t-on, une seule fois, vu des agents du fisc se présenter dans une famille éplorée? Comme quoi en politique aussi, le mensonge n’est pas une recette sûre, bien au contraire. »

Ce que pense Nouhou Mahamadou Arzika, acteur de la Société Civile :  

DSCN0232« Contrairement aux propos tenus par le Président du PNDS-Tarayya, M. Bazoum Mohamed, les mesures fiscales contenues dans la loi de finances 2018 ne s’expliquent ni par la récession économique que connait le Nigeria, ni par la chute des prix des matières premières, notamment le pétrole et l’uranium. Ces mesures sont l’illustration parfaite de la propension des autorités en place à privilégier et défendre les intérêts étrangers, notamment celles des grosses compagnies multinationales, au détriment de ceux du peuple nigérien.

C’est le lieu de rappeler que notre pays est devenu un véritable eldorado pour les quelques grosses compagnies étrangères qui s’y sont installées; car, elles bénéficient non seulement de divers avantages fiscaux légaux, mais aussi de la complaisance totale des autorités en matière de contrôle de la qualité des services et des conditions environnementales.

C’est le cas notamment d’AREVA, qui refuse l’application de la loi minière 2006 et qui exploite notre uranium sans avoir signé une convention en bonne et due forme; c’est aussi le cas des compagnies de téléphonie, qui refusent une taxe appliquée partout dans le monde; c’est enfin le cas de la CNPC qui exploite notre pétrole dans des conditions opaques. » (….)

La part de l’enseignement, tous ordres confondus, dans le budget 2018 est seulement de 11,99%, celle de la santé est seulement de 5,12%; tandis que l’agriculture et l’élevage ne représentent que 6% des ressources inscrites au budget 2018; tandis que la part des dépenses du ministère de la défense dans les allocations budgétaires se situe au-delà de 120 milliards de francs CFA. Les dépenses du secteur de la sécurité représentent 17% du total des dépenses inscrites au budget 2018, selon le ministre de finances; tandis que celles destinées à l’ordre et à la sécurité publique est de 1,93%. (…)

Comme nous l’avons déjà souligné lors de nos précédentes déclarations, l’examen des différentes rubriques de dépenses du budget 2018 montre clairement qu’aucune mesure n’est prise pour réduire le train de vie de l’État et mettre fin à la pratique des emplois fictifs entretenue par les plus hautes autorités à travers la nomination massive de ministres à la présidence, de conseillers et chargés de mission en tous genres.

L’examen des budgets affectés à certaines institutions et ministères, notamment la Présidence de la République, l’Assemblée nationale, les ministères des finance, de l’intérieur et de la défense, montre qu’il est possible de faire des économies de l’ordre de 55 milliards de francs, affectés à des dépenses superflues ou de prestige telles que la construction d’un nouveau palais présidentiel, la construction de divers bâtiments administratifs, l’acquisition de moyens de transport, etc. »

Retenons :

JO-loi-des-financesLe projet de loi des finances 2018 a été adopté par l’Assemblée Nationale 26 novembre 2017. Il est équilibré en recettes et en dépenses à un montant de 1 900,86 milliards F CFA. Le budget a été adopté par cent trente trois (133) voix pour, vingt neuf (29) voix contre et une (1) abstention. Il consacre au Niger la première expérience du « budget Programme ». La loi des Finances 2018 est  publiée au Numéro Spécial 26 du Journal Officiel du 29 Décembre 2017. Elle est en vigueur depuis le 1er Janvier 2018.

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