Entretien avec M. Aliou Oumarou, réélu à la Vice-présidence de l’Union Panafricaine de la Jeunesse (UPJ)

« Nos autorités politiques doivent comprendre que l’avenir de la jeunesse se prépare aussi au plan international …..La fierté d’un pays ne se limite pas exclusivement à ses ressources naturelles, la fierté d’un pays c’est aussi les hommes et les femmes qui le représentent au plan international pour défendre honorablement ses couleurs » a déclaré M. Aliou Oumarou, Président du Conseil National de la Jeunesse (CNJ), Vice-président de l’Union Panafricaine de la Jeunesse (UPJ) dans un entretien accordé à « Niamey Soir ».

Niamey Soir (N.S) : Votre présentation à nos lecteurs ?

Aliou Oumarou (A.O): Je me nomme Aliou Oumarou, Président du Conseil National de la Jeunesse, Vice Président de l’Union Panafricaine de la Jeunesse (UPJ).

N.S : Du 19 au 21 décembre 2017 vous avez été reconduit au poste de la vice-présidence de l’UPJ, rappelez nous le climat dans lequel se sont déroulées ces élections et quel sentiment vous anime ?

IMG-20171231-WA0025-UPJ-simpleA.O : Avant de répondre à votre question, permettez-moi de saluer la rigueur professionnelle ainsi que le traitement responsable de l’information par votre site qui venait de lancer ses activités en ce début d’année 2018. Nous encourageons « Niamey Soir » à persévérer dans ce sens pour l’avenir de notre Démocratie.

Pour revenir à votre question, en effet, je suis récemment réélu au poste de vice président de l’UPJ à l’issue des élections qui se sont déroulées dans la transparence et la sérénité lors du 5ème Congrès tenu à Khartoum au Soudan en décembre dernier sous le haut patronage de SEM Omar El Bachir, Président de la République du Soudan.

Vous comprendrez le sentiment d’honneur et de légitime fierté qui m’anime. A travers ma modeste personne, c’est tout le Niger qui est honoré. Mon élection à ce poste pour une durée de trois (3) ans est surtout un signal fort à toute la jeunesse nigérienne qui hésite à s’engager dans les organisations et institutions internationales, panafricaines  et sous régionales. Rien n’est impossible pour la jeunesse si elle se bat. Aussi, je vous signale que la RDC  a été également reconduite à la Présidence de l’UPJ.

N.S : Nous savons que vous occupiez déjà ce poste, peut-on dire que votre reconduction est une forme de récompense de votre bilan ?

A.O : Récompense Non, je dirai plutôt c’est une reconnaissance à notre engagement au sein de l’UPJ dans l’atteinte de ses objectifs. L’Union panafricaine de la Jeunesse est l’organe héritier du Mouvement Panafricain de la Jeunesse  qui est né en 1962 à Conakry (Guinée) pour accompagner nos États dans leurs luttes pour l’indépendance. Depuis plus d’une décennie aujourd’hui ce mouvement a été transformé en Union Panafricaine de la Jeunesse(UPJ). Un cadre fédérateur pour les jeunes auprès de l’Union Africaine. Lorsque nous avions été élus pour la première fois au quatrième Congrès tenu à Johannesburg en Afrique du Sud, nous nous sommes fixés deux objectifs majeurs dont le premier doit consister à rendre visible cette institution africaine. Le second objectif est celui de luter pour l’institutionnalisation d’un Fonds Africain pour le Développement de la Jeunesse à la fin de notre mandat.

N.S : Avez-vous atteint ces objectifs ?

A.O : Absolument ! Il vous souviendra qu’en Juillet 2017 nous nous étions retrouvés autour du Chef de l’État Tchadien SEM Idriss Debby Itno à N’Djamena pour le premier  Forum Panafricain de la Jeunesse (FPJ) au cours duquel nous avons plaidé en faveur de l’institutionnalisation d’un fonds africain pour le développement de la Jeunesse. Auparavant, nous avons également sillonné plusieurs pays pour rencontrer les Chefs d’État et de Gouvernement africains en vue de partager avec eux la nécessité de créer ce fonds au profit de la jeunesse, leur expliquer ses avantages et toute son importance pour la jeunesse africaine. Heureusement, beaucoup de Chefs d’État nous ont compris et nous ont fait confiance. Je citerai SEM Issoufou Mahamadou du Niger, SEM Idris Debby du Tchad, SEM Ibrahim Boubacar Keita du Mali, SEM Jacob Zuma d’Afrique du Sud, SEM Omar Ali Bongo du Gabon, SEM Faure Eyadema du Togo…. Dans leur majorité, les chefs d’État des différentes régions d’Afrique ont accepté de nous soutenir.

Ils ont accepté non seulement l’institutionnalisation de ce fonds mais aussi son opérationnalisation en 2018. Je précise que ce fonds qui sera destiné au fonctionnement de l’UPJ et au développement de la jeunesse représente 1% du budget de l’Union Africaine soit 7 millions de Dollars par an.

N.S : En pratique comment la jeunesse africaine pourra-t-elle accéder à ce fonds qui lui est destiné ?

A.O : Outre le fonctionnement de l’UPJ, ce fonds est destiné à promouvoir la jeunesse africaine. Il s’agira clairement d’accompagner les jeunes porteurs de projets novateurs pour l’Afrique, de soutenir les jeunes réfugiés, retournés du fait des guerres et ou des conflits dans leurs pays (la Libye, la Somalie, Mali etc). C’est donc des jeunes qui ont des talents mais qui par contrainte ne font rien pour les mettre en valeurs à cause des crises et des guerres qui ont déstabilisé leurs pays. Dès le premier trimestre 2018 il sera créé un cadre  à l’effet d’entretenir l’ensemble des acteurs concernés sur les montants alloués par pays, les modalités et les critères exigés pour accéder à ce fonds africain pour le développement de la jeunesse

N.S : Comment votre institution à savoir le CNJ compte mobiliser la jeunesse nigérienne autour du fonds africain pour le développement de la Jeunesse?

A.O : Comme vous le savez, nous avons dans notre pays plusieurs structures de jeunesse très actives dans l’entreprenariat. L’association nationale des jeunes entrepreneurs du Niger, l’incubateur de l’université Abdou Moumouni de Niamey, le Centre Incubateur CIPMEN, l’Association Yali Niger etc. auxquelles il faut ajouter la Banque Asusu, la Chambre de Commerce du Niger et la Maison de l’Entreprise qui jouent un rôle déterminant dans ce sens. Mon devoir c’est d’aller vers les jeunes entrepreneurs nigériens et ceux porteurs de projets pour partager l’information avec eux et les mobiliser à participer activement et massivement afin de tirer le meilleur profit. Ils doivent proposer des projets en respectant les critères établis en vue d’accéder à ce fonds. C’est aussi une occasion pour notre institution à savoir le CNJ d’aller également vers les jeunes ruraux qui représentent plus de 80% de la population à compétir dans leurs domaines tels que l’agriculture, l’élevage, l’irrigation ou les cultures maraichères etc.

Ce sera pour les jeunes ruraux de notre pays une grande opportunité qui peut leur permettre de faire face aux cycles de sécheresse et à la pauvreté ambiante dans nos campagnes. C’est aussi une façon de les maintenir en milieu rural au lieu de se transformer en exodants qui envahissent les centres urbains.

N.S : Vous êtes vice président de l’UPJ  alors que les jeunes leaders nigériens sont peu actifs sur la scène internationale, quel commentaire cela vous inspire ?

A.O : Permettez-moi de rappeler d’abord que l’UPJ regroupe les États de l’Afrique. Chaque pays a droit à une candidature et à une voix de vote. Notre ministère de tutelle a donc écrit comme quoi M. Aliou Oumarou est le candidat du Niger au poste de la vice-présidence de l’UPJ. Cependant, je dois dire qu’après cette lettre, les moyens n’ont pas suivi. Je me suis rendu seul à Khartoum au Soudan sur fond propre. Le comble ! Il a fallu le soutien des bonnes volontés politiques étrangères pour que par la suite mon vice président au niveau national me rejoigne………Pendant ce temps, nos pays voisins comme le Burkina Faso, le Mali, et d’autres pays comme le Sénégal, la RDC étaient à Khartoum chacun avec une délégation  composée d’au moins 25 personnes accompagnées de hautes autorités. Malgré la sous représentativité du Niger en termes de délégation, nous avons gagné la vice-présidence de l’UPJ. C’est le lieu ici, pour nous d’attirer l’attention des autorités politiques de notre pays pour préparer l’avenir. Quand on se plaint du fait que le Niger est sous représenté dans les institutions internationales et sous régionales, c’est par ce que tout simplement l’État ne leur donne pas les moyens ou ne leur crée pas les conditions d’y accéder.

N.S : Les jeunes leaders nigériens peuvent-il espérer occuper des postes au plan international ?

IMG-20171231-WA0026-UPJ-simpleA.O : Les nigériens ne peuvent pas occuper des postes au plan international sans le soutien conséquent de l’Etat. Par la Grace d’Allah, notre leadership au sein de la jeunesse africaine a porté ses fruits suite à notre élection au poste de la vice-présidence de l’UPJ. C’est une première de 1962 à nos jours qu’un jeune nigérien de mon âge intègre une telle institution. Nous pensons que c’est déjà une porte ouverte à la jeunesse nigérienne qui ambitionne de s’affirmer au plan international.

Nos autorités politiques doivent comprendre que l’avenir de la jeunesse se prépare aussi au plan international à travers le soutien qu’elles doivent apporter aux jeunes leaders au sein des institutions et organisations internationales ou sous régionales. L’État doit donner la chance aux jeunes nigériens qui le méritent de dire leur mot sur la scène internationale. La fierté d’un pays ne se limite pas exclusivement à ses ressources naturelles, la fierté d’un pays c’est aussi les hommes et les femmes qui le représentent au plan international pour défendre honorablement ses couleurs.

N.S : Parlez nous à présent du Conseil National de la Jeunesse (CNJ), dispose-t-il des moyens de sa politique ?

A.O : Le CNJ ne dispose pas des moyens de sa politique en dépit du décret portant sa création et qui énonce que c’est sur le budget national que seront inscrites les ressources de son fonctionnement. Je suis au regret de vous dire qu’aux dernières discussions budgétaires nous n’avions ni été associés ni sollicités. Notre ministère de tutelle n’a pas fait ce travail. C’est ainsi que nous nous sommes rendus au ministère des finances précisément à la Direction Générale du Budget pour nous renseigner. Quelle ne fut la surprise de cette direction de constater que le Ministère de la Jeunesse n’a rien prévu au titre du fonctionnement du Conseil National de la Jeunesse. C’est ainsi que nous avions rapidement écrit au Chef du Gouvernement, au Président de la Commission Finances et à celui des la Commission des Affaires Sociales de l’Assemblée nationale pour les alerter sur le sort que notre ministère nous a réservés lors de l’élaboration de son budget. Par la suite le Premier Ministre, Chef du Gouvernement a instruit le Ministre de la Jeunesse pour réparer ce manquement grave afin qu’une inscription budgétaire soit faite au titre de notre institution.

De cette négligence notoire du ministre de la jeunesse, nous avons compris que le Président de la République, Chef de l’Etat SEM Issoufou Mahamadou a beau vouloir aider la jeunesse, faire d’elle le fer de lance du développement de notre pays, malheureusement pour une raison ou une autre certains de ses collaborateurs sabotent ses efforts au profit de la jeunesse. Sur ce, nous continuerons à faire confiance au Président Issoufou Mahamadou et nous le rassurons de notre disponibilité constante à l’accompagner pour le bien être de la jeunesse. Cette jeunesse dont les attentes sont à la fois  nombreuses et diverses : la formation, l’éducation, l’emploi,

N.S : Quel est votre mot de la fin ?

A.O : C’est un appel au sens élevé de responsabilité de notre jeunesse. Nous devons faire preuve en tout lieu et en toutes circonstances faire preuve de maturité et de responsabilité. C’est comme cela que nous pourrions continuer à gagner la confiance des nos dirigeants. Je compte sur notre jeunesse pour relever les multiples défis de développement de notre pays. Dans le même sens, je lance un appel aux plus hautes autorités du pays d’écouter et d’accompagner la jeunesse pour préparer un avenir durable, la mettre à l’abri de l’oisiveté, du chômage, des affres de la migration et du terrorisme. J’invite enfin le Peuple Nigérien à regarder dans la même direction pour défendre et servir l’intérêt général. Ce qui nous unit vaut mieux ce qui nous divise. Je vous remercie.

Propos recueillis par Écrivain du Sahel

niameysoir.com